Guipavas

Saint-Jacques de Compostelle 

 Fisterra

(75 jours de marche - 2000 km)

 

9 Mars, J-22


C'est bientôt le grand départ et après avoir effectué un tri sévère, je suis parvenu à réduire mon sac à seulement 7,3 kg. Oui, je sais, c'est incroyable. J'ai décidé de faire l'impasse sur ma tente et mon gros duvet, histoire d'éviter d'avoir le dos en compote, après quelques kilomètres seulement (à l'origine, mon sac pesait 10,8 kg, sans compter l'eau et la nourriture). Moi, je préfère sacrifier mon confort pour pouvoir me la jouer "randonneur aguerri" avec mon super sac allégé. 



 

 Le 20 mars 2023


Depuis déjà 15 jours, je traîne une petite gêne sous mon talon gauche. J'espère vraiment que ça ne restera qu'une simple gêne. J'ai finalement décidé de consulter un ostéo pour régler ce problème, mais pour le moment ça n'a pas suffi à éliminer cette légère douleur qui me suit comme une ombre, mais on peut toujours se consoler en se disant que ça pourrait être pire.

Il faut quand même garder à l'esprit qu'on ne peut pas transformer un vieux mulet boiteux en cheval de course performant.. 

Depuis près de deux semaines, je me suis lancé dans l'expérience exaltante d'appliquer régulièrement la fameuse crème Nok, cette crème magique qui prétend prévenir les ampoules. Franchement, je suis rempli d'enthousiasme à l'idée de savoir si ça va fonctionner ou non... suspense insoutenable. Croisons les doigts et espérons que cette crème soit plus qu'une simple promesse marketing.

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Mardi, mercredi, jeudi, trois jours de randonnée pour mettre à l'épreuve ma fabuleuse mécanique corporelle. Le premier jour, j'ai parcouru 21 km en compagnie de mon ami Claudius. Notre intention était de faire une pause bien méritée en milieu de chemin, mais évidemment, nous n'avons pas trouvé le lieu parfait pour nous délecter. Résultat ? Nous avons continué  sans relâche, enchaînant 20 km d'affilée. La randonnée s'est déroulée sans problème majeur, mais maintenant, je me retrouve avec une petite gêne sous le genou gauche...la poisse. Toujours quelque chose qui cloche, c'est sûrement l'effet de l'âge. Je regrette déjà de ne pas avoir entrepris le pèlerinage de Saint-Jacques quand j'étais jeune et plein de vitalité. 

Le deuxième jour, j'ai bravement parcouru 22 km, en solitaire, et cette fois-ci moins de douleurs au niveau des trapèzes et du mollet, c'est déjà ça.

Et enfin, le troisième jour, j'ai continué sur ma lancée avec 23,5 km en solitaire. Les choses s'améliorent de jour en jour, apparemment.

  

Samedi 1er avril, Guipavas - Daoulas (25 km)

C'est parti mon kiki

 

Je fais la première étape avec mon cher ami Claudius, de Guip à Daoulas. Bien sûr, il a fallu qu'il pleuve un peu, mais bon, ce n'est rien de méchant. Juste de quoi ajouter un soupçon de misère à notre escapade, histoire de pimenter les choses.

Dom et Christine ont eu la bonté d'âme de nous ramener chez nous. Pourquoi se donner la peine de chercher un hébergement pittoresque et authentique lorsque l'on peut simplement retourner à la maison. Dormir dans un lit étranger, ça ne vaut pas le confort douillet de notre propre matelas.

Dimanche 2 avril, Daoulas - Le Faou (12 km)

 

Dom a eu la gentillesse de m'envoyer directement à Daoulas, et une fois arrivé au Faou, mes chers amis motards m'attendaient. Le soir, je suis simplement retourné à la maison, pour une bonne dernière nuit de sommeil. Demain, c'est fini.

Lundi 3 avril, Le Faou - Chateaulin (22 km)


 

Léo, m'emmène jusqu'au Faou en voiture. Il est déjà 11h30 et je m'apprête à entamer ma randonnée vers Châteaulin. Nous sommes le 3 avril et le soleil brille généreusement ☀️. Quelle chance inouïe de pouvoir profiter d'une si belle journée.

L'étape se déroule sans le moindre problème. Physiquement, je me sens de mieux en mieux. Je suis seul sur le chemin, en pleine harmonie avec moi-même et la nature environnante. 

Et j'arrive enfin, au centre Juvénat à Châteaulin. L'accueil est sympathique et, cerise sur le gâteau, j'ai tout l'étage pour moi tout seul...un véritable privilège. Je peux me prélasser et me sentir comme un roi dans mon royaume solitaire.

Je me retrouve à manger dans une salle, seul, face à l'extérieur. Les dialogues sont limités avec les curés, mais cela ne m'importe guère. Après tout, je suis ici pour me ressourcer, pour me recentrer sur moi-même. L'accueil est agréable, et je ne peux que recommander cet endroit aux autres pèlerins en quête d'une solitude réparatrice.

Mardi 4 avril , Châteaulin - Landudal (25 km)

 Une journée ensoleillée malgré le brouillard matinal qui enveloppe Châteaulin. Heureusement, celui-ci se dissipe vers 9h30 et laisse place à un soleil radieux ☀️, rien de tel pour égayer ma marche. Je poursuis mon chemin jusqu'à Landudal sans encombre. Comme toujours, je ne croise aucun autre pèlerin sur ma route et peu de monde pour engager la conversation. C'est dans ces moments-là que l'on prend conscience du poids de la solitude 😂. Ah, mais j'oublie, un homme d'environ 70 ans vient à ma rencontre le long du canal. Il remarque mon "barda" sur mon dos et s'arrête en voiture pour me parler. Apparemment, il a déjà parcouru le chemin de Saint-Jacques et nous entamons une discussion animée sur le sujet. Il est originaire de la banlieue "dure" d'Argol, Cameros, pour être précis. Il me raconte qu'il connaît un collègue d'Argol qui est récemment parti sur le chemin, mais qui est revenu au bout d'une semaine à cause de l'humidité...quel récit encourageant... Après ces moments de soutien et d'échanges, je termine ma journée au gîte municipal de Landudal.


le mercredi 5 avril - Landudal - Elliant (20 km)

 

Aujourd'hui, une petite vingtaine de kilomètres au programme. Je quitte le gîte vers 9h30, avec une légère mélancolie. Peut-être un peu trop de questions qui me tourmentent,  "qu'est-ce que je fais ici...". Mais bon, ce n'est pas bien grave, ça passera. Il est vrai que depuis le début de mon périple, les moments d'échanges ont été assez rares. Aucune personne rencontrée sur le chemin, c'est presque comme traverser un désert, sauf qu'il y a de l'eau 😂. Je ne réalise peut-être pas assez la chance que j'ai de pouvoir me lancer dans cette aventure, et aussi d'avoir une femme extraordinaire qui accepte sans broncher que son homme parte se martyriser les pieds sur le chemin.

Cette expérience est vraiment nouvelle pour moi, car c'est la première fois de ma vie que je parle si peu. 🙏 Cela m'évite certainement de dire trop de bêtises.

J'arrive enfin à Elliant, chez Marie-Christine et Yves, où je suis accueilli chaleureusement et convivialement. Une bonne nourriture en soirée, voilà qui fait du bien à l'âme. Enfin un peu de compagnie agréable pour égayer ma solitude momentanée.



Le jeudi 6 avril , Elliant - Bannalec (20 km)

Ce matin, un peu de pluie pour bien commencer la journée, mais cet après-midi, ô miracle, le soleil ☀️ décide enfin de pointer le bout de son nez. Une bouffée de chaleur bienvenue pour accompagner ma marche. Je sillonne des routes peu fréquentées et m'enfonce dans des chemins boueux. Entre mon point de départ et mon point d'arrivée, pas un seul village en vue... Je suis livré à moi-même, en parfaite autonomie 😂. Quelle aventure solitaire !

Malheureusement, une gêne musculaire au niveau du tibia vient me titiller. Heureusement, j'ai mon fidèle compagnon, le flector, pour soulager mes maux. Demain, je pourrai remettre le turbo, ou du moins essayer. Rien ne peut arrêter ma détermination, pas même une petite douleur musculaire.

Je suis logé dans un gîte, le summum du luxe sur le chemin... un toit au-dessus de ma tête et un endroit pour me reposer, que demande le peuple. La soirée se déroule de manière super sympa, en compagnie de Dominique qui me régale d'un repas succulent. Rien de tel que de bien manger pour oublier les petits tracas de la marche. 



Vendredi 7 avril - Bannalec - Quimperlé (30 km)

L'étape du jour est assez corsée, avec un chemin qui grimpe raide et des passages boueux à n'en plus finir. Pour agrémenter le tout, je me retrouve à longer une route passante, agrémentée d'indications plus floues que jamais. Ce cocktail explosif me pousse à faire demi-tour dans un chemin détrempé (pour ne pas dire inondé), me faisant parcourir inutilement, 2 kilomètres supplémentaires. 

Mais la bonne nouvelle, c'est que ma gêne musculaire au niveau du tibia, a miraculeusement disparu ce matin. Peut-être que mes jambes ont finalement décidé de me soutenir dans cette aventure, ou peut-être que l'excitation m'a temporairement fait oublier la douleur. Quoi qu'il en soit, je suis soulagé de pouvoir avancer sans cette petite nuisance.

Le soir venu, j'arrive enfin à Quimperlé, chez Marie-Madeleine et Michel, où règne une ambiance sympathique et, apparemment, assez catholique. Ah, les joies de se retrouver dans un environnement religieux lorsqu'on cherche un peu de réconfort. Peut-être aurai-je droit à quelques prières pour m'aider à traverser les embûches du chemin.


Samedi 8 avril , Quimperlé - Pont scorff (20 km) 

Une étape qui se révèle sans doute la plus belle depuis le début de mon périple. Il y a tant de chemins à parcourir et si peu de bitume, à l'exception des derniers kilomètres lorsque j'arrive à Pont Scorff. La journée est baignée de soleil et l'ambiance est très détendue, car je n'ai que 20 kilomètres à parcourir. Je décide de m'arrêter à Rédéné pour déjeuner en plein air, sur une table de la bibliothèque municipale. C'est calme et agréable, un véritable moment de tranquillité. Malgré l'étape relativement facile, je me sens un peu épuisé... peut-être à cause de la chaleur qui m'a affectée.

La soirée s'annonce des plus plaisantes, avec des hôtes accueillants et sympathiques, Armelle et Yannick. Ils me font découvrir une bière allemande, achetée au supermarché. Rien de tel que de déguster une boisson exotique après une journée de marche.


Dimanche 9 avril, Pont scorff - Branderion (20 km) 


Une nouvelle journée radieuse sous le soleil ☀️ s'annonce. Ce matin, je croise la route de Pascal, un autre pèlerin qui vient de la pointe Saint-Mathieu et qui a pour objectif Nantes. Quelle agréable surprise de ne pas être seul pour une fois ! Nous décidons de faire l'étape ensemble. Nous passons par Hennebont et l'étape n'étant que d'une vingtaine de kilomètres, nous arrivons assez tôt au gîte. C'est Solange qui gère à la fois le gîte de Branderion et le bar-restaurant du village, qui nous accueille chaleureusement.

Le soir venu, nous nous régalons d'une délicieuse bière "pélican" et savourons un repas dans son établissement. Mais comme nous sommes sérieux et conscients de l'importance du repos, nous nous retirons tôt, vers 22h, sachant qu'il nous reste encore du chemin à parcourir demain.


lundi 10 avril, Branderion - Brec'h (28 km)

 

La journée commence sous une pluie battante, comme si les dieux eux-mêmes s'étaient donné pour mission de ruiner notre moral dès le réveil. Les gouttes s'abattent sans relâche, transformant notre enthousiasme matinal en une détestable bouillie d'ennui. 

Finalement, après une éternité à marcher sous cette averse infernale, le ciel décide d'abandonner son projet de noyer le monde, ce qui nous permet de manger notre misérable repas sur un banc humide en face d'une église. 

À 13h30, nous nous voyons obligés de changer nos chaussettes, car nos pieds sont trempés comme des éponges abandonnées dans un océan infini. Un peu de crème Nock et des chaussettes toutes neuves, et nous voilà prêts à repartir dans cette aventure insensée. Comme si changer de chaussettes pouvait résoudre tous nos problèmes ! Mais bon, mieux vaut se raccrocher à des illusions simplistes plutôt que d'affronter la réalité de notre situation.

La soirée se déroule chez Danièle et Thierry et le repas qui nous est servi est aussi copieux que nos jérémiades (je rigole)..


Mardi 11 avril, Brec'h - Vannes (31 km)

  

Une étape interminable, certes, mais avec un circuit plat et roulant. Une averse intense de dix longues minutes à St Anne d'Auray, puis plus rien pendant le reste de notre chemin. Je reçois un appel de ma charmante future logeuse, m'annonçant qu'elle est atteinte du Covid.  Il me faut donc trouver un autre hébergement pour la soirée. 

Et comme si cela ne suffisait pas, le matin nous prenons une mauvaise direction, ce qui nous ajoute joyeusement trois kilomètres supplémentaires à notre périple. Parce que 28 kilomètres, c'était visiblement trop facile à supporter. A la fin de cette journée de rêve, nous atteignons les 31 kilomètres. Nos pieds, en feu et au bord de la désintégration, hurlent leur désespoir. Je sens que je suis à la limite de la rupture, prêt à jeter l'éponge et à me perdre dans l'abîme du découragement.

Cerise sur le gâteau, le dernier kilomètre est là pour nous achever. Comme si la vie elle-même avait décidé de se moquer de notre endurance défaillante. 

Demain, direction Questembert, avec une belle perspective de 30 kilomètres à la clé. Il semblerait que le destin ait décidé de nous gratifier d'une nouvelle dose de souffrance. 

 


Mercredi 12 avril, Vannes - Questembert (27 km)

Un réveil matinal, avec ce charmant mal de ventre qui m'accompagnene fidèlement depuis mon entrée dans le 56. Comme chaque jour, la pluie nous fait l'honneur de son alternance incessante. L'étape du jour se déroule principalement dans des bois, accompagnée d'une généreuse dose d'humidité et de vents tourbillonnants... vraiment, il n'y a rien de tel pour booster le moral et l'énergie. Évidemment, je ne suis pas au sommet de ma forme. La journée se termine avec l'accueil exceptionnel de Marie Flore. C'est une merveilleuse personne qui est un peu l'éclat de soleil dans cette journée maussade. Pascal et moi décidons de nous aventurer au marché, sous les vieilles halles de Questembert. Nous nous arrêtons dans un bar tenu par un écossais et voilà que Marie Flore se pointe au bar pour nous déposer un parapluie.  Le dîner chez Marie Flore s'annonce convivial, super agréable. Fromage, pinard, tout y est pour combler nos estomacs . Après tout, quoi de mieux que de noyer nos soucis dans une mer de fromage et de vin.


Jeudi 13 avril, Questembert - St Jacut les pins (28 km)

 Nous commençons sous le soleil radieux ☀️, pour ensuite être gratifiés de pluie, puis de nouveau de soleil, puis encore de pluie... Vraiment, la météo semble vouloir jouer avec nos nerfs et notre patience. Mais bon, au moins nous avons droit à une jolie traversée dans la campagne. Le moral est légèrement meilleur qu'hier, probablement grâce à l'accueil chaleureux de notre logeuse, Marie-Flore. Elle est tout simplement formidable, même si elle est un peu trop "catho" à notre goût. Mais bon, chacun son truc. C'est qu'elle est une véritable aventurière dans l'âme, ayant accompli l'exploit de faire l'aller-retour de Compostelle en 7 mois. Chapeau bas. À l'heure du déjeuner, nous nous retrouvons une fois de plus confrontés au vent, à la pluie et au soleil. Un combo gagnant qui met notre patience à rude épreuve. Mais bon, il faut bien manger, peu importe les conditions météorologiques. Nous arrivons près d'un passage à niveau, chez Marie-Léone et Jean-Yves. Encore des accueillants extraordinaires qui sont au sommet de leur art. Vraiment, nous sommes bénis d'avoir le privilège de rencontrer tant de personnes formidables tout au long de notre périple. Ils nous réchauffent le cœur et nous rappellent que malgré les caprices de la météo, il y a toujours de la chaleur humaine à trouver.


vendredi 14 avril, St Jacut les pins - Fégreac (30 km)

 Une étape épuisante de 30 kilomètres m'attend pour atteindre enfin ma nouvelle résidence, à seulement 2 kilomètres de Fégréac. Pascal, lui, a dû s'arrêter à Redon, faute d'avoir trouvé un logement plus loin. Nous avons la chance d'apercevoir six chevreuils gambadant en pleine nature. Un spectacle bienvenu pour égayer cette marche interminable.La pluie n'est pas trop présente, mais le sol est impraticable, complètement trempé. Nous nous accordons une pause déjeuner dans les Halles de Redon, sur un banc.L'après-midi, je me sépare de Pascal pour rejoindre Fégréac, mais la pluie décide de s'inviter à nouveau pour une grande partie du chemin. Comme si elle voulait me rappeler à quel point cette journée peut être délicieusement désagréable. Heureusement, Marylène et Gérard m'accueillent chaleureusement à Fégréac. C'est la première fois cette année qu'ils ouvrent leur maison aux voyageurs, car Marylène a connu quelques problèmes de santé. Je m'empresse de placer mes chaussures près du feu de bois dans l'espoir de les faire sécher, et mes vêtements humides trouvent refuge à l'étage. La soirée se déroule dans une atmosphère agréable, mais la fatigue finit par prendre le dessus. À 22 heures, il est déjà temps d'aller se coucher... La marche use les souliers, mais aussi le bonhomme qui les porte. Demain est un autre jour, avec son lot de défis et de surprises. Il faut juste espérer que les souliers et le bonhomme auront suffisamment récupéré pour affronter la suite de cette folle expédition.


samedi 15 avril, Fégreat - Genrouet (21 km)

 Enfin, une journée bénie sous le soleil radieux ☀️. Pascal me rejoint à St Gildas des Pins, après avoir passé la nuit à Redon, tandis que j'ai eu le plaisir de séjourner à Fégréac. Le chemin se déroule sans grande difficulté et nous atteignons notre destination aux alentours de 15 heures. Nous prenons le soin de contacter nos nouveaux hôtes pour qu'ils viennent nous chercher, car leur demeure est située à plusieurs kilomètres du sentier. En attendant leur arrivée, nous nous offrons le luxe d'une petite bière sur la terrasse d'un bar.

Isabelle et son mari possèdent une exploitation comptant pas moins de 800 bovins. Nous faisons la connaissance de leurs enfants, parmi lesquels Pierre, qui doit faire face à des problèmes musculaires. L'accueil qui nous est réservé, une fois de plus, est empreint de convivialité et de chaleur.

Le lendemain matin, le mari d'Isabelle nous offre la possibilité de visiter son impressionnante exploitation. Quelle expérience ! Nous sommes témoins de l'ampleur du travail et de l'engagement nécessaires pour gérer un tel élevage. C'est une véritable leçon d'humilité et de respect envers ceux qui consacrent leur vie à nourrir les autres. Nous en ressortons impressionnés et reconnaissants. 


Dimanche 16 avril, Guenrouet - Blain (21 km)

Une journée relativement facile sous le soleil, du moins en apparence, car il "n'y a que" 21 kilomètres à parcourir jusqu'à Blain. Le chemin qui suit le canal de Nantes à Brest offre un terrain plat et monotone. Rien de bien excitant, mais au moins, nous pouvons profiter des rayons du soleil.

Au détour du chemin, nous faisons la rencontre d'un pèlerin sympathique en provenance de Locronan. 

La soirée chez Madeleine notre logeuse, se déroule tranquillement et avec toujours un bon repas. Nous nous couchons tôt, car demain les kilomètres nous attendent.


Lundi 17 avril, Blain - Casson (30 km)

 La journée débute avec une longue marche le long du canal de Nantes à Brest. Une vingtaine de kilomètres le matin, puis une dizaine l'après-midi. Mes pieds souffrent un peu de cette endurance incessante. La douleur est une compagne fidèle, mais je persévère.

La soirée chez Michelle, mon hôte, est des plus festives. En effet, c'est son anniversaire. Pour l'occasion, sa fille et sa petite-fille sont présentes, apportant avec elles des gâteaux savoureux. L'atmosphère est joyeuse et chaleureuse, comme si j'étais devenu membre de la famille pour un instant. Manque de savoir vivre, je n'avais pas prévu de cadeau pour cette occasion spéciale. Un léger sentiment de gêne m'envahit, mais je me console en me disant que ma présence et ma bonne humeur sont des présents en eux-mêmes.

Jje me laisse porter par la convivialité de cette soirée, en savourant chaque bouchée de gâteau et en appréciant la compagnie de cette famille qui m'a si gentiment accueilli.


Mardi 18 avril, Casson - Vertou (33 km) 

 Je démarre ma journée à 8 heures accompagné de Michelle, qui m'accompagne jusqu'au début officiel du chemin, à seulement 1,2 kilomètre de là. Je retrouve Pascal sur le port de Sucé-sur-Erdre, car il a passé la nuit chez son ami. Ensemble, nous atteignons Nantes vers 13h30. J'en profite pour acheter du baume du pèlerin à la librairie Siloe, près de la cathédrale, afin de soulager mes multiples douleurs. Nous nous faisons prendre en photo par la femme de Pascal près de l'opéra, puis Pascal m'accompagne jusqu'à la sortie de Nantes.

Un petit coup de blues s'empare de moi, car nous avons passé de bons moments ensemble ces derniers jours. Je poursuis donc mon chemin en direction de Vertou, mais heureusement, ma soirée chez Brigitte et son mari vient remonter le moral. Au petit déjeuner, je découvre une agréable surprise cachée sous mon bol : une boîte de sardines, que je décide de garder précieusement pour la fin de mon périple. 


Mercredi 19, Vertou - Clisson (26 km)

 Après une soirée vraiment sympa, Brigitte m' accompagne pendant 2 kilomètres sur le chemin. L'après-midi, la chaleur se fait sentir, mais par chance, le chemin vers Clisson offre de l'ombre rafraîchissante. J'arrive à Clisson vers 16h30. C'est là que Daniel, l'hébergeur, vient me chercher avec sa Twingo, sous les magnifiques halles de la ville, car son logement se trouve à 3 kilomètres du centre. Danielle et Daniel possèdent un immense domaine avec un cheval et un âne. Je partage un apéritif convivial avec eux avant de passer à table pour une soirée des plus agréables.

Demain, je m'apprête à partir pour Montaigu, chez la tante de Tom. Avec ses "terribles" 19 kilomètres, c'est une étape toute petite, en comparaison de celles que j'ai déjà parcourues. Mais rien de mieux une étape plus courte pour se ressourcer et reprendre des forces. Quoique... on ne sait jamais ce que le chemin nous réserve. 


Jeudi 20, Clisson - Montaigu (21km)

 Daniel, mon hôte, me dépose sur le site du Hellfest pour que je puisse le visiter. C'est une occasion unique de découvrir le décor de ce festival de musique. Pendant la pause du midi, une habitante du coin, Céline, m'invite à boire un café chez elle. Elle est enceinte et en congé maladie actuellement. Nous passons environ une heure à discuter dans son jardin ensoleillé puis je reprends la route, en direction de Montaigu.

Le seul souci, c'est que j'ai développé deux petites ampoules à l'arrière de mon talon droit depuis hier, et je crains qu'elles ne me causent des problèmes dans les jours à venir. Les ampoules, ces compagnons indésirables des marcheurs, sont toujours source d'inconfort et de douleur. 

J'arrive chez Valérie aux alentours de 16 heures. La maison est ouverte car des ouvriers sont en train de travailler à l'intérieur pour refaire la salle de bain et les toilettes. Cela crée un peu d'agitation, mais je suis reconnaissant d'avoir un endroit où me reposer et passer la nuit. Les travaux ne sont qu'une petite gêne temporaire, comparée à l'aventure que je suis en train de vivre. Le soir nous mangeons au restaurant, La Digue.



Vendredi 21, Montaigu - Vendrennes (34 km)

 Quelle journée éprouvante sous un soleil éclatant ☀️. Le matin, il faisait un peu frais, mais l'après-midi a été marqué par une chaleur étouffante. Je suis parti de chez Valérie à 8h30, en ayant pris soin de laisser quelques affaires pour alléger le poids de mon sac à dos. Parallèlement, Dominique m'a envoyé par la poste des chaussettes de randonnée, une attention bienvenue pour prendre soin de mes pieds endoloris.

Je suis arrivé à Vendrennes vers 17h, avec une pause d'une heure entre celle du midi et celle de 15h30, où j'ai également profité pour faire des courses au supermarché de Saint-Fulgent. La première moitié du chemin a été agréable, offrant de beaux paysages, mais la fin a été gâchée par 12 kilomètres de bitume... Grrr, rien de plus déprimant pour un marcheur. 

J'ai été chaleureusement accueilli par Marie-Jo et Daniel, qui ont eu la gentillesse de venir me chercher à Vendrennes pour me conduire à Mesnard La Barotière, où je passe la soirée. Celle-ci s'annonce agréable, remplie de convivialité et d'échanges enrichissants. 


Samedi 22, Vendrennes - Chantonnay (24 km)

 La journée débute avec une marche à travers une forêt, puis je passe une bonne partie du chemin sur du bitume, avant de m'enfoncer dans une long chemin de campagne. Le soleil ☀️ continue de briller, peut-être pour la dernière fois, car demain la pluie est annoncée. Je prends soin de mes ampoules qui me causent quelques désagréments pendant la marche.

Lorsque j'arrive chez Christine, ma logeuse, je constate qu'un autre pèlerin, Alain de Fréjus, est déjà présent. La soirée s'annonce hyper cool en leur compagnie. Christine est une hôte formidable, et ses deux chiens ajoutent une touche de compagnie et d'animation à la soirée.

Demain, la pluie est prévue ...


Dimanche 23, Chantonnay - Bourseguin (30 km)

 Après une agréable soirée passée avec notre logeuse, une amoureuse des dessins animés, de ses chiens et de son chat, je commence ma journée de marche vers 9 heures sous une pluie fine. L'autre pèlerin, Alain de Fréjus, est parti plus tôt que moi, étant un lève-tôt. L'étape du jour est magnifique et verdoyante, mais très humide. Les averses persistent tout au long de la journée, ce qui ajoute une dose supplémentaire de fraîcheur désagréable.

Dans l'après-midi, j'arrive enfin à mon logement prévu, une cabane en bois rudimentaire avec des toilettes sur le palier. Cependant, je suis pris de court par la situation inconfortable qui se présente à moi. La cabane est aérée, pas étanche du tout, avec des espaces entre les planches de bois qui laissent passer la lumière, ainsi que des déjections d'animaux sur le canapé et le sol. Face à cette situation peu engageante, je dois rapidement trouver une solution.

Sortant mon téléphone, je commence à appeler d'autres logeurs dans l'espoir de trouver une alternative. Par miracle, je trouve Mireille et Gérard, qui acceptent de m'ouvrir leur porte chaleureusement dans le village de BOURSEGUIN. Quel soulagement ! J'échappe ainsi à une nuit de cauchemar et je me sens soulagé de pouvoir passer une soirée agréable et dormir dans un vrai lit.

C'est dans ces moments-là que la magie du chemin se révèle, lorsque des rencontres fortuites nous aident à surmonter les difficultés et à rendre notre expérience encore plus enrichissante.

 


Lundi 24 avril, Bourseguin - St Michel le Cloucq (14 km)

 L'étape d'hier s'est avérée plus longue que prévu, en raison de la cabane insalubre que j'ai dû refuser. Ce changement de programme m'a conduit à Bourseguin, un peu plus loin que prévu. Cependant, cela signifie que l'étape d'aujourd'hui est plus courte, avec seulement 14 kilomètres. Étant donné que mes ampoules continuent de me gâcher un peu la vie, cela m'arrange grandement.

L'étape se déroule sans problème, et je saisis l'occasion pour m'éloigner du chemin officiel afin de visiter un barrage et le rivage de la retenue d'eau. C'est agréable de pouvoir prendre quelques détours et explorer les environs. Finalement, j'arrive à Saint-Michel-le-Cloucq, chez Catherine et Hubert, un couple de professeurs à la retraite qui se montre d'une grande gentillesse et générosité. Je retrouve également Alain, que je viens de retrouver sur le chemin, ainsi que Laure et Hélène, deux institutrices pèlerines qui ont entrepris quatre jours de marche.

La soirée se déroule dans une ambiance formidable. Nous partageons des histoires, des rires et des moments de convivialité autour d'un bon repas. Ces rencontres fortuites avec d'autres pèlerins et voyageurs ajoutent une dimension particulière à mon expérience sur le chemin. 


Mardi 25, St Michel le cloucq - Maillezais (21 km)

 

L'étape d'aujourd'hui s'est déroulée sans pluie, ce qui est une bonne nouvelle. Cependant, elle n'a pas été des plus captivantes, car la majeure partie du chemin était sur le bitume. Les paysages n'ont pas été extraordinaires, ce qui est un peu décevant. Heureusement, les accueillants de ce soir, Evelyne et Daniel, sont encore une fois de plus formidables. Nous passons (les 2 instites et moi) une soirée sympathique en leur compagnie, en profitant de moments de convivialité et d'échanges. Daniel, est caractérisé par son humour souvent caustique, ce qui est très agréable.


Mercredi 26 avril, Maillezais - St hilaire la palud (22 km)

 Quelle différence agréable par rapport à la veille ! Le chemin d'aujourd'hui est bien plus plaisant. Je suis, pendant une longue période le chemin de halage, ce qui est très agréable. C'est plat et facile, et en plus, l'étape est plutôt courte. En cours de route, je rattrape Alain de Fréjus, ainsi que nos deux institutrices. Nous marchons ensemble jusqu'au bourg où nous prévoyons de nous arrêter.

Arrivés au bourg, Pascal téléphone à Dany, notre hôte, pour qu'elle vienne nous chercher. C'est le moment où nous devons dire au revoir à LN et Laure, car leurs vacances se terminent. C'est toujours un peu triste de se séparer de compagnons de route, mais c'est aussi l'occasion de faire de nouvelles rencontres et de continuer notre périple individuellement.

Nous passons une super soirée chez Dany, dans sa magnifique maison en bois. C'est un véritable havre de paix où nous pouvons nous détendre et nous ressourcer après une journée de marche. Les moments de convivialité et les échanges avec notre hôtesse rendent cette soirée encore plus mémorable. 


Jeudi 27 avril, St Hilaire la palud - Surgères (20 km)

 

L'étape du jour est relativement courte et essentiellement constituée de bitume. Le ciel est couvert et je parviens à la halte jacquaire de Surgères en début d'après-midi. J'y retrouve Alain, qui est déjà arrivé.

Étant épuisé depuis quelques kilomètres, je décide de profiter de cette halte pour faire une sieste réparatrice. Il était grand temps d'arriver et de prendre un moment de repos. Le gîte, bien que vieux, est propre et nous sommes seulement deux pèlerins à y dormir.

La quiétude de la halte nous permet de nous détendre et de nous préparer pour les prochaines étapes à venir. Demain sera un nouveau jour.


Vendredi 28 avril, Surgères - Saint Savinien (33km)

  

Quelle étape éprouvante sous un soleil de plomb. C'est la première fois que je fais face à un vrai soleil radieux, avec une température de 24 degrés et pas un souffle de vent. Je quitte la halte jacquaire de Surgères à 8h00 du matin et j'arrive à St Savinien à 15h00. En chemin, je fais une pause d'une demi-heure à Tonnay Boutonne pour reprendre des forces avant de repartir en direction de St Savinien.

La chaleur et la longueur de l'étape m'ont donné du fil à retordre, et j'ai eu du mal à avancer. Mais finalement, j'ai réussi à surmonter ces difficultés.

À mon arrivée, je suis accueilli par Sylvia, qui héberge également deux autres pèlerins. Parmi eux, se trouve la sœur de Marie-Léone de St Jacut Les Pins... Une curieuse coïncidence qui montre à quel point le chemin de Compostelle est riche en rencontres surprenantes.


Samedi 29 avril, Saint-Savinien - Saintes (22 km)

  L'étape d'aujourd'hui s'est révélée relativement facile. Je prends le départ vers 9 heures et fais ma pause du midi dans un vieux arrêt de bus. Le temps est un peu lourd, mais moins chaud que la veille. Le chemin se fait un peu à l'instinct, car il n'y a pas de coquille (marque indiquant le chemin de Compostelle) entre Surgères et Saintes.

Le soir venu, je trouve refuge à la halte jacquaire de Saintes, et je constate avec plaisir que je ne suis pas seul. J'y retrouve Alain de Fréjus, ainsi que Michel de la Rochelle, qui se joindra à moi jusqu'à Pampelune. C'est agréable de partager cette étape avec d'autres compagnons de route.

Vers 18 heures, nous décidons d'aller prendre un verre en terrasse, profitant du moment pour échanger nos histoires et nos expériences sur le chemin. Nous en profitons également pour acheter quelques victuailles en prévision du repas du soir. 

La nuit nous dormons à 7 dans une pièce grand comme ma cuisine.


Dimanche 30 avril, Saintes - Pons (7 km après) - 35km

   Elodie, l'accueillante au grand cœur, a daigné se déplacer en voiture pour me récupérer, car j'avais malencontreusement dépassé de 3 misérables kilomètres la distance jusqu'à son humble demeure. Quel soulagement intense de pouvoir enfin m'adonner au repos tant mérité, alors qu'il est déjà 16h30 et que mes forces déclinent dangereusement.

Elodie, a une idée lumineuse pour me remettre sur pied : un bain de pieds. Rien de tel  pour être fin prêt à affronter les interminables kilomètres à venir. 

Le cadre champêtre de cette ferme accueillante m'a véritablement séduit. Les animaux, tel un joyeux bestiaire, m'entouraient de toutes parts : des chiens, des chevaux, des ânes... Un véritable conte bucolique.

Le point d'orgue de ma journée fut la chance inestimable de passer la soirée en compagnie de Sylvie et sa copine. L'ambiance était décontractée et chaleureuse.

Demain, une journée éprouvante m'attend. Mais je suis prêt à relever ce défi colossal avec une détermination à toute épreuve.


Lundi 1er mai, Pons (7 km après) - Boisredon (35 km)

 L'étape d'aujourd'hui s'est avérée plus agréable que la précédente, avec de nombreux chemins et sous-bois. Cependant, le défi résidait dans le fait que ces chemins étaient recouverts d'herbes hautes, rendant la progression plus difficile et augmentant le risque de trébucher. 

Le matin, je suis parti de chez Élodie à 7 heures, dans le but d'arriver à Mirambeau vers midi pour la pause déjeuner. J'ai parcouru 24 kilomètres d'une traite. Il ne faisait pas très chaud le matin, mais l'après-midi s'est révélé beaucoup plus clément.

C'était une bonne journée dans l'ensemble, malgré ma légère fatigue due aux deux nuits précédentes qui n'ont pas été propices au repos. Aujourd'hui, j'ai parcouru un total de 35 kilomètres, car ma logeuse Danièle habitait plus loin que prévu. Cela signifie toutefois que j'aurai une étape moins longue demain, ce qui est un soulagement.


Mardi 2 mai, Boisredon - St Martin la caussade (24 km)

  

Ce matin, je quitte mes hôtes Danièle et Dominique avec un certain soulagement. Danièle, toujours bavarde, n'arrête pas de parler, sans jamais prendre de pause. Son mari Dominique, en revanche, est tout le contraire, n'ayant prononcé que deux phrases durant mon court séjour : "bonjour" et "au revoir".

Je suis donc assez content de commencer cette nouvelle étape, bien que celle-ci soit majoritairement bitumeuse, ce qui n'est pas idéal pour mes pieds. Je marche le long d'une piste cyclable, bordée de vignes, pendant une dizaine de kilomètres. Vers 15h30, je m'arrête à St Martin la Caussade, dans un gîte municipal pour pèlerins où le prix est en donativo, c'est-à-dire que l'on donne ce que l'on veut ou ce que l'on peut. C'est là que je retrouve Michel, avec qui j'ai déjà fait un bout de chemin.

Demain, nous devrons nous lever très tôt pour prendre l'embarcadère afin de traverser la gironde. 


Mercredi 3 mai, St Martin la caussade - Le pian médoc (27 km)

 Nous nous sommes levés aux aurores, à 6h15, afin de pouvoir prendre le bac à 7h15 pour traverser la Gironde. La journée s'est déroulée sous un soleil éclatant, offrant une agréable luminosité à notre chemin. Nous avons traversé la région de Margaux, célèbre pour ses vins pas de gamme 😂.

Nous avons fait une petite halte sur un banc, face à une église, pour reprendre des forces avant de repartir sous un soleil de plomb, avec des températures atteignant les 26 degrés. La chaleur était intense, mais nous avons persévéré et continué notre marche.

En fin d'après-midi, nous sommes arrivés à l'Ermitage Lamourous, où nous avons été chaleureusement accueillis par une bonne sœur très sympathique. Notre repas était déjà préparé et attendait dans le réfrigérateur, il ne nous restait plus qu'à le réchauffer.
Vers 19 heures, une autre pèlerine, prénommée Eliane mais surnommée Margueritte, est arrivée à l'Ermitage. C'était agréable de partager ces moments avec d'autres marcheurs, d'échanger sur nos expériences et de créer des liens au sein de cette communauté pèlerine. 


Jeudi 4 mai, Le pian Médoc - Gradignan (30 km)

  Encore une journée radieuse qui s'annonce aujourd'hui, avec une étape de 30 kilomètres dont 25 kilomètres à travers les méandres urbains de la banlieue de Bordeaux.

Aux alentours de 17h30, tel un exploit sans précédent, nous avons enfin atteint la pittoresque halte de Gradignan. C'est là que nous avons eu l'occasion de rencontrer d'autres pèlerins, dont la charmante Maria, une âme qui semblait étrangement dépourvue du moindre sourire...chacun porte en soi son propre fardeau, et ses émotions n'appartiennent qu'à elle.

Demain, nous trépignons d'impatience à l'idée de fuir l'agitation oppressante de la ville pour retrouver enfin les bras tendres de la nature. 


Vendredi 5 mai, Gradignan - Le Barp (28 km)

  

Aujourd'hui, nous avons eu une étape de 28 kilomètres sous un soleil radieux, qui brillait sans relâche. Nous avons traversé la forêt, mais regrettablement, le chemin était majoritairement goudronné. Cela a été un point négatif de la journée, car marcher sur du bitume peut être éprouvant pour les pieds et moins agréable que les chemins naturels.

De plus, nous avons dû affronter de longues lignes droites interminables. C'est une sensation étrange, où l'on avance, mais on ne semble jamais atteindre la fin. Cela peut être décourageant, mais nous avons continué à avancer, en gardant notre motivation intacte.

Heureusement, le gîte de Le Barp s'est révélé être un véritable havre de paix. Tout neuf et confortable, il offre un accueil agréable et chaleureux, bien différent de certaines haltes jacquaires plus austères que nous avons pu rencontrer. Nous avons eu la chance de retrouver Maria, la pèlerine au grand "sens de l'humour" et par chance, le gîte disposait de deux chambres de quatre personnes, ce qui nous a permis d'éviter sa compagnie nocturne. 


Samedi 6 mai, Le Barp - Le Muret (28 km)


  Aujourd'hui, 28 kilomètres sous un soleil de plomb, avec des températures torrides frôlant les 26 degrés. Le chemin a débuté par la traversée de magnifiques paysages campagnards et de longues lignes droites à perte de vue. La splendeur de ces décors a été quelque peu ternie par la conclusion de l'étape, une pénible portion de 12 kilomètres sur un bitume impitoyable.

En cours de route, nous avons fait une pause bien méritée chez Intermarché, véritable oasis des courses alimentaires, afin de nous assurer de ne pas mourir de faim car demain, c'est le week-end. Cependant, cette brillante idée a eu pour effet indésirable d'alourdir nos sacs à dos, déjà bien chargés. 

Le soir venu, nous avons enfin trouvé un hébergement pitoyable sous forme d'une modeste tente. L'accueil qui nous a été réservé ne méritait pas le moindre éloge. Mais nous gardons l'optimisme chevillé au corps, car nous sommes de vaillants aventuriers déterminés à poursuivre notre périple, coûte que coûte.

 


Dimanche 7 mai, Le Muret - Labouheyre (27 km)

    Aujourd'hui, notre chemin s'est tristement aligné sur une trajectoire parallèle à l'autoroute, afin de ne pas trop allonger notre parcours officiel. Comme d'habitude, nous avons arpenté d'interminables lignes droites, typiques des paysages monotones des Landes. Notre journée a débuté vers 8h30 au Muret pour se terminer péniblement vers 15h30.

Mes pieds me faisaient souffrir de manière persistante, particulièrement au niveau des talons. Les redémarrages après chaque pause étaient laborieux, et il me fallait environ 300 mètres pour que mes pieds retrouvent un semblant de rythme normal et que la douleur se calme. 

Pour l'instant, je suis toujours affligé de la présence de mes deux compagnons de marche, la Bretonne et le Vendéen. Le logement où nous sommes hébergés est agréable, et l'accueil chaleureux, en nette opposition avec notre expérience de la veille. Cependant, Michel a rencontré des problèmes avec sa réservation et devra passer la nuit chez un autre hébergeur. Étrange situation, car en arrivant dans mon gîte, j'ai constaté avec étonnement qu'il restait un lit de libre.

 


Lundi 8 mai, Labouheyre - Onesse Laharie (24 km)

  

Encore une journée marquée par de longues lignes droites, sans grand relief. Malgré un temps ensoleillé, cette traversée des Landes ne laisse pas un souvenir exceptionnel. Je dois dire que c'est l'une des régions les moins intéressantes que j'ai traversées depuis le début de mon périple. Les villages sont rares et souvent déserts, ce qui rend l'atmosphère assez morne. J'attends avec impatience d'arriver dans les Pyrénées et de franchir la frontière pour entrer en Espagne.

Nous avons atteint le gîte municipal vers 15h30, conscient qu'il fallait ne pas trop tarder car il n'y a pas de réservation possible. C'est la règle du "premier arrivé, premier servi". Heureusement, nous avons pu obtenir une place pour la nuit. Nous avons passé la soirée en compagnie d'un couple de marins bretons, avec qui nous avons partagé des moments sympathiques.

Demain, une nouvelle étape nous attend. J'espère que le paysage sera plus varié et que nous aurons l'occasion de découvrir des endroits plus intéressants. 


Mardi 9 mai, Onesse Laharie - Taller (28 km)

  La pluie, cette compagne inséparable, a baigné chacun de nos pas tout au long de cette journée monotone, rythmée par les sempiternelles lignes droites, le bitume et le sable. Une étape qui pourrait être qualifiée de "chaussettes trempées", débutant aux aurores, avant  8 heures, et s'achevant vers 16 heures.

Au moment du déjeuner, nous nous sommes arrêtés dans le modeste village de Lesperon, où seule une épicerie s'offrait à nous. Comme le café, l'unique lieu de détente du village devait fermer, nous avons donc dû nous contenter d'un repas improvisé, à base de pain et de camembert, sur la terrasse déserte...un festin digne des plus grandes tables.

Au total, nous avons bravé 28 kilomètres, ressentant quelques échauffements aux pieds, priant intérieurement pour que ces douleurs ne se transforment pas en douloureuses ampoules...une véritable loterie de la peau.

Nous atteignons enfin le logis de Marion, généreuse âme qui met une partie de sa demeure en location pour les pauvres pèlerins épuisés. L'endroit se veut d'une propreté exemplaire et accueillant, offrant enfin un répit bien mérité après cette journée éprouvante. Le soir nous dégustons une pizza et ensuite, je m'empresse d'aller dormir avec mon ami Michel, la galanterie nous obligeant à laisser un lit pour Eliane. Demain, une nouvelle étape s'annonce, avec l'espoir que le paysage et les conditions météorologiques daignent enfin se montrer plus favorables. 


Mercredi 10 mai, Taller -St Paul les Dax (22 km)

  Après une nuit étouffante en compagnie de Michel, notre journée a été des plus contrastées, oscillant entre éclaircies et averses. Heureusement, le soleil a réussi à prendre le dessus, rendant cette étape de 22 kilomètres plutôt agréable. C'est vers 14h30 que nous avons enfin atteint Saint Paul les Dax, exténués mais soulagés.

Le chemin d'aujourd'hui s'est avéré nettement plus plaisant que les jours précédents, signe indéniable que nous nous éloignons progressivement des Landes. Aucun village ne s'est dressé sur notre route, nous obligeant ainsi à prévoir notre propre ravitaillement en nourriture. 
A St Paul Les dax, nous avons trouvé refuge dans un gîte pèlerin confortable pouvant accueillir huit âmes épuisées.

La femme de Michel, Odile, nous a rejoints pour quelques étapes, apportant un brin de fraîcheur à notre périple. Profitant de notre passage dans la civilisation, j'ai saisi l'opportunité de m'offrir un poncho chez Décathlon, une alternative bien plus efficace qu'une simple veste pour affronter les caprices de la pluie.

Pour célébrer l'arrivée d'Odile, nous avons consacré notre soirée à festoyer dans un restaurant, nous délectant de mets savoureux dans une ambiance conviviale...un moment de répit bien mérité.


Jeudi 11 mai, Saint Paul les Dax - Sorde l'abbaye (29 km)

 La journée a été marquée par un ciel changeant, alternant entre soleil et pluie. Le paysage du chemin était bien différent des jours précédents, avec davantage de relief et une beauté plus prononcée. Nous avons débuté notre étape à 8h du matin pour arriver à 16h, une longue journée de marche qui a couvert une belle distance.

Nous avons pu ressentir les prémices des Pyrénées se profiler à l'horizon, avec des paysages plus vallonnés et captivants. Toutefois, nous avons dû parcourir 4 kilomètres de ligne droite sans bas côté avant d'arriver à Sorde, ce qui étaient dangereux et monotone.

Heureusement, nous avons été récompensés par un accueil chaleureux, un gîte confortable et un repas rempli de convivialité. Demain, nous nous rapprocherons un peu plus des majestueuses Pyrénées, avec de nouvelles découvertes en perspective.


Vendredi 12 mai, Sorde l'abbaye - Bergouey (18 km)

  L'étape du jour s'est avérée être une plaisante petite balade de seulement 18 kilomètres. Pour pimenter les choses, un car a été spécialement affrété afin de contourner la construction d'un nouveau pont à Sorde-l'Abbaye. Le chauffeur nous a déposés à proximité d'un distributeur automatique de billets et d'une boulangerie, nous permettant ainsi de satisfaire quelques-unes de nos envies avant d'entamer notre marche.

Le temps était des plus incertains, avec des températures plutôt fraîches pour la saison. Les paysages se faisaient de plus en plus vallonnés, nous annonçant l'approche imminente des majestueuses Pyrénées. Vers 13h30, nous sommes arrivés à Bergouey, trempés jusqu'aux os, sous une pluie battante. Heureusement, le gîte qui nous a accueillis était d'une qualité irréprochable, offrant un refuge douillet où nous pouvions nous sécher.

Nous avons mis l'après-midi à profit pour nous reposer et effectuer une petite lessive, grace à la machine à laver mise à notre disposition. En soirée, nous avons eu l'honneur d'être conviés chez Elodie, la propriétaire du gîte, qui nous a concocté un repas exquis, presque digne des tables étoilées, si ce n'est l'absence regrettable d'un bon vin à partager.

Samedi 13 mai, Bergouey - Ostabat(29 km)

  La journée présente a été marquée par un ballet incessant entre les averses et les timides éclaircies. Notre marche a débuté à 8 heures après un solide petit-déjeuner pour revigorer nos forces. Les chemins vallonnés nous ont offert un panorama varié et plaisant tout au long de la journée.

Cet après-midi, nous avons eu la surprise de croiser d'autres pèlerins qui, jusqu'alors, étaient invisibles à nos yeux. Une rencontre qui nous rappelle que nous ne sommes pas les seuls fous à arpenter ces sentiers.

Ce soir, notre hébergement se trouve être un gîte à Ostabat, où nous partagerons les lieux avec une joyeuse cohorte de plus d'une trentaine d'autres pèlerins. L'ambiance risque d'être bien plus animée et bien moins paisible que les nuits précédentes, mais cela fait partie intégrante de l'expérience et de la richesse des rencontres sur le chemin.


Dimanche 14 mai, Ostabat - Saint jean pied port (23 km)

  La journée sur le chemin s'est déroulée dans une relative agréabilité, malgré les caprices incessants de la météo entre pluie et éclaircies. Après avoir partagé une nuit avec une joyeuse troupe de 36 autres pèlerins à Ostabat, nous avons entamé notre marche avant même 8 heures du matin, pour finalement atteindre notre destination vers 15 heures.

Le chemin était particulièrement boueux et humide, laissant une empreinte indélébile sur nos chaussures. Nous avons également constaté un changement dans l'ambiance qui régnait le long du chemin. Entre Saint-Palais et Saint-Jean-Pied-de-Port, les carrefours des différents chemins convergent, attirant ainsi une foule grandissante de pèlerins. Le chemin se transforme ainsi en une sorte d'autoroute internationale du pèlerinage, avec une densité plus élevée de marcheurs.

Cette évolution du chemin peut être perçue de différentes manières. D'un côté, cela offre davantage d'opportunités de rencontres et d'échanges avec d'autres pèlerins. D'un autre côté, cela peut également donner l'impression d'une surpopulation et d'une atmosphère différente par rapport aux tronçons plus isolés du chemin.

Quoi qu'il en soit, chaque étape est une nouvelle expérience à part entière, avec ses hauts et ses bas, ses moments de solitude et ses rencontres enrichissantes.

Lundi 15 mai, Saint jean pied de port - Roncevaux (28 km)

Nous prenons une dernière photo souvenir avec Odile avant qu'elle ne rentre chez elle. Une fois le cliché immortalisé, nous nous préparons à affronter la plus redoutable étape de notre périple : la traversée des  Pyrénées. Il est 7h45 du matin, le temps est très incertain et plutôt humide. Nous entamons notre ascension vers l'Espagne sans trop de difficultés.

La journée se déroule avec sept longues heures de marche, ponctuées d'une brève pause de trente minutes dans un refuge-bar en altitude. En raison de la météo, nous décidons de faire l'impasse sur le déjeuner. Finalement, la journée se révèle être un peu meilleure que prévu, ce qui est une agréable surprise.

À notre arrivée à Roncevaux, considérée comme la Mecque des pèlerins, nous nous retrouvons entourés d'une centaine d'autres marcheurs épuisés. Le soir venu, nous assistons à une messe en espagnol, une expérience nouvelle pour nous. Le curé nous aborde, nous demandant de participer à la quête, nous voilà ainsi propulsés dans le rôle d'apprentis comptables.


Mardi 16 mai, Roncevaux - Zabaldika (34 km) 

  

Le départ de Roncevaux se fait sous les assauts d'une pluie torrentielle, et la présence de nombreux pèlerins sur le chemin ne fait qu'ajouter à l'agitation ambiante. Heureusement, à mesure que les kilomètres défilent, les marcheurs se dispersent et nous nous retrouvons enfin seuls, quel soulagement après avoir été entourés d'une telle foule. Après avoir parcouru 34 kilomètres, nous ne distinguons plus personne à l'horizon, enfin un peu d'intimité retrouvée.

Le chemin espagnol est correctement balisé, mais il est également infesté de boue. Par chance, en cours d'après-midi, quelques éclaircies viennent illuminer notre parcours, même si la température reste obstinément fraîche pour la saison.

Le soir venu, après avoir pris notre repas au gîte d'accueil, tous les pèlerins sont conviés à se rendre à la chapelle pour participer à un moment de méditation sur le chemin. Nous voilà une fois de plus plongé dans une ambiance religieuse, une situation parfois déconcertante pour ceux d'entre nous qui ne partagent pas entièrement les mêmes convictions.

Malgré les difficultés rencontrées et les épisodes religieux ponctuels, nous demeurons inébranlable dans notre détermination à poursuivre le chemin. 


 Mercredi 17 mai, Zabaldika - Uterga (25 km) 


Une journée baignée de soleil de bout en bout. Nous quittons Zabaldika ce matin, en route vers Pampelune, accompagnant notre cher ami Michel jusqu'à la gare routière pour son retour chez lui (il est heureux de retrouver sa chère Odile). Avant de nous séparer, nous nous réunissons dans un bar à tapas pour partager un dernier moment de convivialité. Les adieux sont chargés d'émotion.

Les yeux humides, nous reprenons ensuite notre chemin en direction d'Urtega, où nous avions prévu de passer la nuit. Cependant, une petite erreur de ma part nous égare et nous éloigne de notre destination de 3 kilomètres. Heureusement, une âme charitable espagnole nous vient en aide et nous dépose en voiture jusqu'au lieu prévu... quel soulagement. L'albergue  est accueillante et sans trop de pèlerins...oufff 

Jeudi 18 mai, Uterga - Estella (29 km)

 La journée s'écoule sous un soleil éclatant, avec une agréable température, semblable à celle de la veille. Le chemin est clairement balisé, nous offrant une expérience bien plus plaisante que la partie française. À l'heure du déjeuner, nous faisons une halte bien méritée pour déguster une délicieuse paella, régalant ainsi nos papilles. Après cette pause revigorante, nous reprenons notre route pour parcourir une dizaine de kilomètres supplémentaires.

En fin d'après-midi, nous parvenons à Estella, où nous trouvons refuge dans une auberge municipale. Nous partageons une chambre avec une quinzaine d'autres pèlerins, mais malgré cela, c'est un endroit relativement confortable où nous pouvons reposer nos corps fatigués.


Vendredi 19 mai, Estella - Sansol (29 km)

  Une journée ensoleillée, bien que fraîche et venteuse, nous accueille sur notre chemin. Un moment marquant de cette étape est notre passage devant le robinet miraculeux, où le viticulteur local offre du vin aux pèlerins assoiffés. Malheureusement, nous sommes passés trop tôt le matin pour en profiter pleinement et en plus nous avons encore une trentaine de kilomètres à parcourir devant nous.

Le chemin est agréable et relativement facile, bénéficiant du temps frais. Cependant, il est aisé d'imaginer que cela pourrait devenir plus laborieux en cas de fortes chaleurs, car les points d'eau se font rares. Nous sommes conscients de la chance que nous avons aujourd'hui avec des conditions clémentes.

En fin de journée, nous arrivons à Sansol, où nous sommes accueillis dans une albergue confortable. Nous retrouvons également notre "curé" Australien, un compagnon de route avec qui nous avons partagé quelques moments durant notre pèlerinage.



Samedi 20 mai, Sansol - Navarrete (32 km)

  Malgré le temps frais et venteux, nous avons passé une journée agréable sur le chemin. L'étape du jour consistait à parcourir 20 km jusqu'à Logroño, où nous avons fait une petite pause dans un bar avant de repartir pour les 12 km restants. Finalement, nous sommes arrivés à l'albergue municipale vers 17h30.

Au cours de cette étape, nous avons fait la rencontre d'un Suédois visiblement épuisé, semblant à bout de forces. Sa fatigue était telle qu'il avait du mal à prononcer le mot "pain". Cela m'a rappelé à quel point les longues journées de marche peuvent être éreintantes, surtout lorsque le terrain est vallonné comme ce matin.

Le soir, nous avons opté pour un repas dans un bar à tapas, mais nous sommes rentrés tôt car l'albergue fermait ses portes à 22h. Une bonne nuit de repos était plus que bienvenue après cette étape. 



Dimanche 21 mai, Navarrete - Ciruena (31 km)

 C'est agréable de commencer la journée avec un beau soleil et sans vent. Les chemins espagnols continuent de nous ravir avec leurs indications claires et leur agrément. Nous avons parcouru 16 km le matin, profitant du paysage et de l'atmosphère du chemin. Ensuite, nous avons décidé de nous arrêter dans un bar-restaurant à l'entrée de la ville pour nous régaler.

L'après-midi, nous avons marché 15 km sous un soleil chaud, mais c'était supportable. L'arrivée à l'albergue s'est avérée un peu délicate en raison du comportement peu aimable du propriétaire. Son attitude sévère nous a rappelé celle d'un général de l'infanterie sous le régime de Franco.



Lundi 22 mai, Ciruena - Tosantos (34 km)

  

L'étape d'aujourd'hui s'est déroulée dans une ambiance fraîche, avec un brouillard léger et un ciel couvert. Nous avons entamé notre marche à 8 heures et sommes arrivés à l'albergue vers 17 heures. La chambre que nous avons partagée avec 16 personnes de différentes nationalités était assez petite pour le nombre de lits. Le chemin était long, mais heureusement, il était relativement plat. Malgré cela, je me sens un peu épuisé en arrivant, et j'aspire à des étapes plus faciles pour permettre à mon corps de récupérer.

Je ressens une inflammation dans mon pied droit, et j'applique du Flector pour soulager la douleur et l'inconfort de ma marche. Lorsque je regarde la façon dont nous sommes entassés dans les hébergements, j'ai un petit coup de blues. Cependant, je reste déterminé à poursuivre cette aventure, sachant que des moments plus agréables m'attendent.

 

Mardi 23 mai, Tosantos - Agès (23 km) 

  Quelle journée éprouvante ! Les conditions météorologiques maussades, combinées à ma douleur lancinante au pied droit, une gastro, un mal de gorge persistant, un sommeil perturbé et un petit coup de blues, ont rendu cette étape de seulement 23 km incroyablement difficile. Nous sommes finalement arrivés à destination vers 15h, dans une albergue bondée de 30 personnes. Nous nous sentons complètement épuisés, vidés, éreintés.

Malheureusement, il m'est impossible de trouver un moment de répit pour faire une sieste, étant donné le bruit incessant des ouvriers utilisant un marteaux-piqueur à proximité. Cependant, je constate avec envie qu'Eliane a réussi à trouver un peu de sommeil malgré les perturbations.

Les ronflements assourdissants d'Eliane semblent avoir laissé une impression mémorable chez nos compagnons italiens, ajoutant peut-être une touche d'humour à cette journée difficile. En ce qui concerne le dîner au "restau", il a été décevant, pour ne pas dire plus, la cuisinière (ou plutôt la "réchauffeuse") se contentant de réchauffer les plats au micro-ondes. 


Mercredi 24 mai, Agēs - Burgos (22 km)

  

Encore une étape palpitante qui débute avec la fraîcheur matinale et la brume qui nous engloutit. Comme si cela ne suffisait pas, je me livre à la tradition douteuse de déposer un caillou insignifiant au pied d'une croix perchée au sommet d'une colline (un caillou que j'ai ramené de chez moi).

Avant Burgos, la zone industrielle s'étend à perte de vue, accompagnée d'une charmante route interminable à quatre voies, qui nous accueille chaleureusement.

Au bout de 4 longs kilomètres, L'albergue municipale se dresse devant nous, tel un palace au milieu de cette jungle de béton. Son luxe inouï est à couper le souffle, du moins si l'on considère cela dans le contexte d'une auberge. Et tout cela pour la modique somme de 10 €. Je me sens déjà comme un roi.

Le soir venu, nous nous empressons d'acheter des pâtes, pleins d'espoir quant à notre festin à venir dans la cuisine de l'albergue. Quelle déception monumentale ! Dans mon excitation, je n'ai pas remarqué la cruelle absence d'une plaque de cuisson. Adieu les délices des pâtes chaudes, bonjour repas froid et insipide.

La vie de pèlerin est décidément pleine de surprises et de rebondissements. 


Jeudi 25 mai, Burgos - Hornillos del camino (21 km)

  

Encore une journée baignée de soleil, comme si le destin avait décidé de nous gratifier après notre nuit luxueuse à l'albergue municipale de Burgos. 

Le chemin se faufile mollement à travers les champs de blé, comme si la monotonie avait décidé de nous accompagner tout au long de cette étape insipide. Heureusement, il n'y a que 21 kilomètres à parcourir, car même le paysage semble s'ennuyer ferme.

Le soir venu, nous nous retrouvons à partager une paella avec deux françaises et un pauvre français, qui semble subir les caprices incessants de sa moitié insupportable. Ah, l'amour sur le camino, un spectacle dont on se passerait volontiers.

Demain, c'est le début de la meseta, ce chemin de croix tant redouté. Mais bon, il faut bien affronter les épreuves pour atteindre la fin de ce périple, 


Vendredi 26 mai, Hornillos del camino - Castrojeriz (20 km)

  

Une étape minuscule, avec un temps couvert mais qui ne gâche en rien cette journée. Le départ se fait aux aurores, vers 8h, pour une arrivée précoce vers 13h. Le chemin est agréable, mais soyons honnêtes, c'est juste supportable parce que les températures sont clémentes. Rien à voir avec la meseta, où l'on peut cuire à point à 40 degrés. Mais bon, soyons heureux d'éviter ça.

En marchant, on tombe parfois sur des croix funestes, témoignages lugubres des pèlerins décédés sur le chemin. Quelle ambiance joyeuse ! Aujourd'hui, c'était au tour d'un pauvre hollandais de 64 ans, mort en 2019. Statistiquement, cela ne devrait pas surprendre, mais ça fout quand même les boules.

Nous arrivons finalement dans une albergue super clean à 27 €, avec le dîner et le petit déjeuner inclus. 

Hélas, la nuit s'annonce plus mouvementée que prévu, car une bande de cyclistes coréens, dépourvus de tout savoir-vivre, envahit l'albergue. Portes qui claquent, conversations bruyantes comme s'ils étaient seuls au monde, et bien sûr, la salle d'eau inondée. Ces cyclistes coréens se distinguent aussi par leur totale absence d'organisation. Ils se lèvent aux aurores, à 5h du matin, pour ne partir qu'après 8h...un modèle d'efficacité, assurément.

Voilà, de quoi se rappeler que le chemin de Saint-Jacques est une aventure pleine de rencontres inoubliables, qu'elles soient plaisantes ou non. 



Samedi 27 mai, Castrojeriz - Fromista (26 km)

 Nous voilà repartis sur la meseta, quel bonheur de contempler un ciel agréable, où les nuages se pressent pour rivaliser d'insignifiance avec le paysage qui s'étend à perte de vue. L'étape se déroule tranquillement, rythmée par les soupirs réguliers des marcheurs désabusés par la chaude température. Heureusement qu'une douce brise caresse notre visage trempé de sueur. Mes chaussures, mes fidèles compagnons de marche, ont finalement décidé de rendre presque l'âme. Elles ne sont plus qualifiées de waterproof, mais de waterplouf. Elles sont simplement devenues des passoires à ampoules, des débris de cuir qui continuent à me rappeler à quel point j'ai été négligent en choisissant mes équipements. Mais bon, comme on dit, les bonnes choses ont une fin, et mes chaussures ne feront pas exception à cette règle cruelle.Le soir venu, nous avons l'immense privilège de festoyer dans un restaurant d'exception. Chez le roi de l'arnaque et de la mal bouffe, un établissement dont la réputation ne saurait être discutée car les plats "gargantuesques" débordent d'ingrédients de qualité douteuse. Quel régal que de se remplir la panse en se demandant si l'on va finir intoxiqué .




Dimanche 28 mai, Fromista - Carrion de los condes (19 km)

 Une étape sous une chaleur bien présente, parce que, bien sûr, cela ne serait pas une expérience authentique sans une dose supplémentaire de torture climatique. Les derniers 6 kilomètres interminables se transforment en une montée infernale, une pente sans fin accompagnée d'une ligne droite qui s'étire jusqu'au village, se moquant cruellement de nos muscles endoloris et de notre volonté vacillante.

Et une fois arrivés dans ce village, nous découvrons avec stupeur une albergue tenue par des bonnes sœurs, qui, pour notre plus grand plaisir, ont réussi à réunir 20 pèlerins dans une chambrée minuscule. Oui, vous avez bien entendu, je peux toucher mon voisin de droite et de gauche en même temps, une intimité qui dépasse de loin mes attentes les plus modestes. Qui aurait pensé que je pourrais partager une expérience aussi rapprochée avec mes compagnons d'infortune.

Mais bon, au moins il y a un petit réconfort. Depuis le début de notre périple en Espagne, je suis émerveillé par la présence omniprésente de ces charmantes cigognes perchées sur les clochers des églises des villages traversés. 

Et comme si cette journée n'était pas assez remplie d'aventures, le soir venu, nous sommes entraînés dans un engrenage religieux. A 18 heures précises, des jeunes sœurs organisent un concert participatif dans l'albergue, une expérience musicale où même les pèlerins les plus talentueux (ou les moins talentueux) peuvent se joindre à la cacophonie. Personnellement, je chante comme une casserole, donc je me délecte de ma propre mélodie discordante.

Et comme si cela ne suffisait pas, à 19 heures, nous avons droit à la bénédiction des pèlerins à l'église voisine de l'albergue. Oui, parce qu'une journée sur le chemin de Compostelle ne serait pas complète sans une dose supplémentaire de religiosité. Nous voilà donc, derrière l'hôtel, alignés avec tous les autres pèlerins, attendant humblement notre bénédiction, tandis que nos pieds endoloris et nos muscles fatigués nous rappellent cruellement la réalité de notre condition humaine.

Et bien sûr, pour couronner le tout, la nuit nous réserve un magnifique orage. Est-ce un signe ? Une manifestation divine ? Ou simplement le résultat prévisible d'un été sur le chemin de Compostelle ? Qui sait...


Lundi 29 mai, Carrillon de los condes - Terrasillos de la templarios (26 km)

Une étape à éviter absolument sous une chaleur torride, sans aucun point de ravitaillement en vue, pendant des kilomètres interminables, avec une première partie de 17 kilomètres sans le moindre village à l'horizon. 

Bien sûr, pour pimenter encore davantage cette journée déjà mémorable, ajoutons un deuxième tronçon de 6 kilomètres et un petit dernier pour la route de 3 kilomètres. Le chemin est plat mais c'est une maigre consolation quand vous avez une grosse ampoule au talon, comme la majorité des masochistes qui osent entreprendre cette aventure. Quel bonheur de sentir cette douleur lancinante à chaque pas, une véritable symphonie de souffrance podologique. Et n'oublions pas ce pèlerin plein d'humour qui a écrit sur un panneau « mes ampoules illuminent le chemin ». Quelle blague hilarante, je suis plié de rire.

Finalement, nous avons réussi à arriver à destination, à 15 heures précises, juste avant l'orage tant redouté. Nous pouvons remercié le ciel de nous avoir épargné d'une bonne trempée supplémentaire. Le soir, nous avons eu le plaisir de partager notre repas et notre chambre avec un charmant couple de Nantais, parce que rien ne vaut une bonne dose de compagnie régionale pour accompagner notre fatigue.


Mardi 30 mai, Terradillos de los templarios - Bercanios d'El Real camino (24 km) 

Un parcours plutôt facile, du moins si on oublie le fait que la chaleur bien que modérément suffocante vient un peu perturber notre avancée. Le trajet suit parallèlement, pour la plupart du temps, la route, mais on ne fait pas vraiment attention aux rares véhicules qui passent. 

Bien sûr, pour ajouter une touche de monotonie à cette journée déjà palpitante, le chemin est étrangement droit. Rien de plus agréable que de marcher sans reliefs ni surprises, sur une ligne droite interminable qui ne fait qu'accentuer notre sentiment d'ennui profond. 

Et comme si cela ne suffisait pas, dans notre chambre, la malchance a frappé. Nous avons le privilège de partager notre espace avec un pèlerin australien qui dort avec un masque à oxygène. Quelle mélodie apaisante que ce sifflement constant qui rythme notre nuit. Vraiment, c'est une expérience à ne pas manquer, se réveiller à chaque fois que le sifflement atteint son paroxysme, une véritable symphonie du sommeil troublé.

En fin de compte, cette journée "bof" a été marquée par des paysages "bof", une chaleur étouffante et un compagnon de chambrée sonore. 

 


Mercredi 31 mai, Bercanios d'El Real camino - Reliegos (20 km)

  

Une nouvelle étape placée sous le signe de la chaleur, une véritable bénédiction pour tous les pèlerins épuisés. Une première partie de 7 kilomètres, suivie d'une autre de 13 kilomètres, toutes deux sans ombre salvatrice...qui fait la meseta porte sa croix.

Bien sûr, l'arrivée à l'albergue se fait relativement tôt, car après tout, les kilomètres ne sont pas si nombreux. Nous nous retrouvons dans une chambrée de 20 personnes, un véritable retour en enfance dans les colonies de vacances... que de souvenirs. Les lits superposés étroits, les ronflements en symphonie, et l'absence d'intimité totale. Vraiment, qui aurait pu rêver d'une telle expérience.

Mais bon, demain est un autre jour, et notre destination est Léon... enfin ! La dernière grande ville avant Santiago, la promesse d'un répit bien mérité. Après tout, nous sommes ici pour vivre des moments inoubliables, pour porter notre croix sur la meseta  et pour réaliser que la vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille, mais plutôt une série de marches interminables vers une destination incertaine.

 

 Jeudi 1 juin, Reliegos -Léon (25 km) 

  

Encore une étape sans intérêt, où les lignes droites se succèdent le long de la route monotone. Quelle joie indescriptible de marcher pendant des heures sans aucun élément d'intérêt à contempler. Nous avons eu la brillante idée de partir à 7 heures du matin, dans l'espoir futile d'éviter la chaleur accablante qui s'abat sur ce chemin sans ombre. Une stratégie audacieuse, sans aucun doute.

En guise de distraction, nous avons eu droit à une petite visite de la vieille ville de Léon, l'après-midi. Mais bien sûr, il fallait que l'orage menace de s'abattre sur nous dès 16 heures. 

L'albergue, cet établissement si classe, a décidé de nous surprendre avec son concept novateur d'un seul WC homme par étage. Parce que vraiment, quoi de plus pratique que de partager une commodité avec une trentaine d'autres pèlerins ? C'est sûr, cela ajoute une dimension d'intimité et de confort à notre expérience. Je suis sûr que nos besoins naturels seront satisfaits de manière optimale.

Le soir venu, nous avons eu l'occasion de déguster une pizza. Celle-ci était si grande qu'elle nous a servi à la fois pour le repas du soir et pour le déjeuner du lendemain. Parce que dans cette aventure palpitante du chemin de Compostelle, il est essentiel de maximiser nos ressources alimentaires et de vivre dans un état constant de rassasiement permanent.

Vendredi 2 juin, Léon - Sans Martin del Camino (25 km)

Enfin une grâce matinée avec un départ de Léon vers 8h30. Deux heures de marche rien que pour sortir de cette agglomération interminable. Heureusement, nous avons pu nous accorder une petite pause salvatrice dans un bar de faubourg, où nous avons savouré un délicieux verre de jus d'orange frais. Une récompense bien méritée avant de reprendre notre chemin vers l'ennui légendaire.

Et oui, le chemin continue de nous surprendre avec son lot habituel de longues lignes droites interminables, collées à une route à bonne circulation. Rien de plus excitant que de marcher sans fin, en compagnie des voitures qui passent à vive allure. Bien sûr, cela ne manque pas d'entretenir mes chères ampoules, ces compagnes fidèles qui ne me quittent plus.

Après 25 kilomètres de souffrance, nous atteignons enfin une albergue simple mais fonctionnelle. Pour couronner le tout, rien de tel qu'une douche bien froide pour se détendre... car, bien sûr, l'eau chaude ne fonctionne pas. Ah, la joie de sentir l'eau glacée ruisseler sur nos corps épuisés...quel plaisir rafraîchissant !

Comme si cela ne suffisait pas, l'eau de l'albergue a cette charmante odeur d'égout qui embaume l'atmosphère. Alors, nous allons faire un petit détour vers le supermarché du coin, une sorte de version moins moderne de la Léonarde, afin d'acheter deux bouteilles d'eau pour le chemin du lendemain. 

Pour clôturer cette journée mémorable, nous avons droit à un concert improvisé, offert par une américaine, une espagnole et un coréen sympathique. 


Samedi 3 juin, Sans Miguel d'El camino - Murias de Rechivaldo (28 km)

Le chemin a finalement la décence de se détourner de la route monotone. Nous nous  émerveillons en découvrant le charmant patelin de Hospital de Orbigo, dont les habitants sont visiblement figés dans le passé, prêts à célébrer une fête médiévale. Les commerçants, animés d'une ferveur délirante, s'empressent d'installer leurs kiosques pour cet événement.

Après nous être échappés de ce village figé dans le temps, nous nous retrouvons à sillonner entre des champs de blé verdoyants. Le paysage vallonné et rocailleux ajoute une touche d'inconfort à ma marche déjà pénible. Et comme si cela ne suffisait pas, la chaleur étouffante vient s'ajouter à la fête, nous transformant en de misérables êtres en sueur. 

Au loin, nous apercevons des montagnes, semblant être les prémices de la Galice. L'idée de nous en rapprocher nous donne un frisson d'espoir mêlé à une pointe d'excitation. Santiago, cette ville mythique, est à portée de main. 


Dimanche 4 juin, Murias de Rechivaldo - El Acebo (32 km)

Une étape montagneuse qui s'élève presque jusqu'à la fin. Le chemin est praticable pendant les deux tiers du trajet, mais devient rapidement un véritable parcours du combattant, nous obligeant à marcher sur une avalanche interminable de cailloux pendant des kilomètres. 

Arrivés au sommet d'une colline, nous sommes accueillis par une grande croix majestueuse. Voilà l'endroit tant attendu où nous devons déposer un objet symbolique de notre maison. La dernière fois, j'ai eu la brillante idée de déposer un caillou, mais bien sûr, je me suis trompé d'endroit. Mais ne vous inquiétez pas, je vais réitérer l'opération, cette fois-ci au bon endroit, en y déposant un brassard fluo de cycliste qui pèse tout de même le poids conséquent de 25 grammes et Eliane, un crayon papier, aussi indispensable que le poids de nos soucis, je suppose. 

Après huit longues heures de marche ininterrompue, mes pieds souffrent atrocement et une nouvelle ampoule vient d'apparaître. Quelle délectation de pouvoir enfin traiter cette merveilleuse ampoule le soir venu, armé de fil, d'une aiguille et d'un désinfectant. Il faut bien le faire, car demain, cette ampoule risque d'exploser dans ma chaussure.

Mais voilà, le bonheur n'arrive jamais seul sur le chemin de Saint Jacques ! Nous avons la chance inouïe de rencontrer un couple merveilleusement sympathique d'Orléans, Annick et Alain que nous croiserons maintes fois jusqu'à Saint Jacques. Le plaisir sans fin de se retrouver encore et encore, comme si l'univers lui-même conspirait pour nous offrir ces retrouvailles tant attendues.


Lundi 5 juin, El Acebo - Cacabelos (33 km)

Une nouvelle journée palpitante se lève. Le chemin descend dans la vallée pour nous mener à une grande ville, ou plutôt à un amas de villes qui se touchent sans distinction. Quelle chance inouïe de pouvoir traverser cette mosaïque urbaine pendant au moins deux longues heures. Après avoir survécu à cette épopée citadine d'une envergure inégalée, nous sommes récompensés par plusieurs kilomètres le long d'une petite route à peine fréquentée. Le paysage se résume à des vignes qui s'étirent à perte de vue, formant un chemin sinueux qui semble interminable. Les rayons ardents du soleil s'abattent sur nous avec une générosité écrasante, tandis que l'orage gronde au loin, jouant avec nos nerfs sans jamais se décider à éclater en une bienfaisante pluie. Quel privilège d'entendre les coups de tonnerre en guise de compagnons de marche. Enfin, nous parvenons à l'albergue tant attendue, située dans l'enceinte de l'église. Quelle aubaine ! Une nuit à seulement 6 €. Je ne peux que m'incliner devant cette générosité divine. Merci, merci du fond du cœur, mon dieu, de nous offrir ce havre de paix à un prix aussi dérisoire. 




Mardi 6 juin, Cacabelos - Las Herrerias (30 km)

Quelle journée magnifique qui débute en douceur, avec un chemin paisible serpentant à travers les vignes. Les viticulteurs, si généreux, arrosent leurs précieux cépages avec des produits tout à fait "non bio". Quelle chance nous avons de profiter de ces charmantes senteurs chimiques qui flottent délicatement dans l'air ! C'est un véritable régal pour nos sens. Après une petite balade de neuf kilomètres, nous arrivons dans le village de Villafranca del Bierzo. Et là, surprise, notre bonheur atteint des sommets inégalés. D'un coup, patatras, nous sommes contraints d'emprunter une route qui longe de manière plus ou moins harmonieuse une autoroute. Quelle poésie dans cette expérience bitumeuse de vingt kilomètres, sous un soleil éclatant qui nous fait fondre comme des bougies abandonnées sur une plage déserte. Vraiment, la magie de cette marche ne cessera jamais de m'émerveiller. Enfin, vers 16 heures, nous trouvons refuge dans une albergue et par enchantement, nous retrouvons également nos chers compagnons Annick et Alain, qui ont préféré se réfugier dans l'albergue d'à côté. Nous avons la chance de dormir dans une chambre pour trois, en compagnie d'une "dormeuse" américaine. Quel régal de partager cet espace intime avec une parfaite inconnue. Le matin, le festin continue, Eliane, affamée, se délecte d'un petit-déjeuner d'une rare générosité. Un repas servi la veille, abandonné par un pèlerin avide d'aventures culinaires. Soupe, patates, pain au fromage... un véritable festin des dieux ! Après tout, quoi de mieux que de consommer un repas préparé à l'avance et laissé à l'abandon toute une nuit. C'est une expérience gustative unique qui ne manque pas de piquant.


Mercredi 7 juin, Las Herrerias - Triacastella (29 km)

 Une matinée enchanteresse qui commence par une pluie battante, parfaite pour arroser notre montée infernale de huit kilomètres jusqu'à O Cebreiro, situé à 1340 mètres d'altitude en Galice. Quelle bénédiction de pouvoir s'élever dans cette ascension digne des enfers, les muscles brûlants et les vêtements détrempés. 

Heureusement, un petit remontant dans un café vient à notre secours, nous permettant de reprendre des forces avant de nous engager sur un chemin presque plat, bien plus agréable que cette maudite montée. Annick et Alain, ces aventuriers téméraires qui ont choisi de faire le voyage à vélo sur la route, reconnaissent ma voix et décident de s'arrêter pour échanger quelques mots d'encouragement. Quel bonheur de partager ces moments fugaces avec des compagnons de route si dévoués.

La descente qui suit dure une dizaine de kilomètres, apparemment facile, mais elle se révèle tout de même un peu casse-pattes. A l'arrivée, je suis récompensé par une nouvelle magnifique ampoule, telle une petite pépite douloureuse. Mes chaussures, usées et beaucoup trop souples, doivent sûrement être la cause de ce charmant désagrément. Pour résumer, je vous déconseille vivement d'acheter des chaussures de la marque Colombia, à moins que vous ne les utilisiez uniquement pour épater la galerie. Rien de mieux pour frimer 😂

Malgré tout, le moral reste bon, car nous sommes enfin arrivés en Galice, cette région tant attendue. Santiago se rapproche à grands pas, tel un mirage au bout de notre périple éreintant. Nous sommes remplis d'une joie sans bornes à l'idée de pouvoir enfin dire que nous avons réussi à nous traîner jusqu'à cette destination sacrée.



Jeudi 8 juin, Triacastella - Ferreiros (32 km)

  

La journée commence en beauté avec une grosse averse avant même de prendre le départ. Mais dès 8 heures, le beau temps pointe enfin le bout de son nez, comme pour nous récompenser de notre patience... quelle générosité de la part de la météo.

Nous entamons alors une belle balade, variée et extrêmement agréable. Les paysages se succèdent, offrant une diversité qui ravit nos yeux fatigués. Mais bien sûr, un orage vient ponctuer notre après-midi, nous permettant ainsi de "rerere-tester" nos capes de pluie. Les aléas climatiques sont décidément nos meilleurs compagnons de route.

Enfin, nous arrivons à l'albergue municipale de Ferreira, située précisément à 100 kilomètres de Santiago... belle avancée pour notre moral. Cependant, notre joie est quelque peu tempérée par l'accueil peu chaleureux de notre hôte. Le soir, nous avons l'honneur de dîner dans un restaurant "à pèlerins", où le service est d'une efficacité remarquable et où la nourriture est un véritable délice... ou pas. Mais, que pouvions-nous espérer de mieux dans ce trou perdu ? Nous devons nous contenter de ce que l'on nous offre, sans broncher.

Et pour couronner le tout, nous avons le privilège de loger dans une chambre de quinze pèlerins, avec vue imprenable sur les WC. Quelle perspective enchanteresse ! J'en frissonne d'excitation.


Vendredi 9 juin, Ferreiros - Palas de Rei (34 km)

Quelle nuit mémorable ! Je me souviens encore de cette expérience exquise où les toilettes étaient adossées à la chambre, et quel régal d'entendre chaque petit bruit, ça vous met vraiment dans l'ambiance.

La journée commence de la manière la plus pittoresque qui soit, avec une fine pluie pour nous chatouiller le visage. Mais heureusement le chemin est plaisant, varié, et franchement facile dans l'ensemble. La seule difficulté réelle réside dans la montée après Portomarin, ensuite c'est du gâteau, une promenade de santé.

Et voilà, nous débarquons dans une auberge, une chambre pour six personnes, et devinez quoi ? Nous ne sommes que trois et les toilettes sont à l'extérieur cette fois-ci. Quel bonheur de se retrouver à crapahuter dehors pour satisfaire nos besoins naturels. Vraiment, je ne peux que m'incliner devant tant de sophistication.

Notre dinner gastronomique se déroule dans un snack minuscule, tenu par des Anglais qui ont la bonté de nous préparer à manger sous nos yeux ébahis. C'est délicieux, je dois l'admettre, mais nous ne pouvons pas traîner, car seulement huit places sont disponibles et il y a des pauvres âmes qui attendent dehors, en quête d'une bouchée de cette perfection culinaire.


Samedi 10 juin, Palas de Rei - Calle (36 km)

  

Il y a foule dans ces dernières étapes, ces fameuses "100 bornes" qui te promettent une Compostela sans trop d'efforts. Parce que bon, qui a besoin de se fatiguer réellement pour obtenir une récompense...

Comme à l'accoutumée, nous avons droit à une petite procession matinale, une troménie de pèlerins pour se mettre en jambes. L'après-midi, l'engouement diminue légèrement, et finalement, le désert s'installe dès 16 heures, pas un pèlerins à l'horizon. Nous arrivons dans une belle albergue...Yesss

Demain, Santiago, la grande finale, le couronnement de nos efforts. Mais ne nous emballons pas trop, après tout, il ne faut pas gâcher le plaisir de ces derniers moments. Profitons de chaque pas, de chaque rencontre et de chaque petite douleur qui fait partie intégrante de cette expérience inoubliable. Et rappelons-nous que la véritable récompense réside dans le parcours lui-même, pas seulement dans le bout de papier qu'on nous remettra à l'arrivée.

Alors en avant, avec courage et détermination, vers le saint Graal des pèlerins 


Dimanche 11 juin, Calle - Santiago (31 km)

 Quelle journée absolument magnifique, baignée d'une température douce et agréable qui rend la marche si plaisante. Une motivation sans faille nous anime, car au bout de ce chemin se trouve Santiago, l'objectif ultime de cette aventure.

En chemin, nous avons traversé de splendides forêts d'eucalyptus, une véritable bouffée d'air frais pour nos sens fatigués. Chaque pas nous rapproche un peu plus de notre destination, et l'excitation grandit à chaque instant.

Cependant, il faut noter un petit détail frustrant : l'arrivée à la cathédrale de Santiago est étonnamment longue. Entre le panneau de la ville et le point final, il y a encore 4 kilomètres à parcourir. Une manière subtile de prolonger notre patience, j'imagine. Mais bon, après tant d'efforts, que sont encore quelques kilomètres supplémentaires.

Le sentiment qui m'envahit à l'approche de la cathédrale est un mélange complexe de joie et de nostalgie. La joie de voir notre objectif prendre forme, de réaliser que nous sommes sur le point de terminer cette quête épique. Mais en même temps, une pointe de nostalgie s'insinue en moi, car je réalise que la fin du chemin est aussi la fin de cette extraordinaire aventure.

Enfin, pas tout à fait, car il ne faut pas oublier que la prochaine étape est Fisterra, le bout du bout, le cap Finisterre. Alors, même si ce chapitre touche à sa fin, une nouvelle aventure se profile déjà à l'horizon. Et c'est avec cette pensée que je m'apprête à franchir les portes de la cathédrale...


Lundi 12 juin, Santiago (0 km)

  Une pause bien méritée après 72 jours éreintants de marche. Aujourd'hui, c'est le moment de découvrir un peu la vieille ville.

Bien sûr, on ne peut pas manquer de passer par le bureau des pèlerins pour récupérer cette fameuse Compostela, ce précieux sésame qui atteste de nos exploits. Une formalité nécessaire pour prouver à tous que nous avons bien parcouru ces kilomètres interminables.

Ensuite, direction la cathédrale pour assister à une messe, histoire de se rapprocher un peu plus de la spiritualité du lieu. Peut-être qu'une petite dose de grâce divine nous permettra de soulager nos corps endoloris.

Et voilà, il est temps de s'occuper des préparatifs pour la suite du voyage. Mes chers motards vont bientôt arriver, alors une petite expédition par la poste s'impose pour alléger mon sac à dos. 

Le soir venu, c'est l'heure de l'apéro et des sardines frites, accompagnés de nos nouveaux amis pèlerins d'Orléans, Annick et Alain. Quelle belle rencontre, quelles discussions enrichissantes sur nos aventures respectives. Des moments de convivialité qui font du bien à l'âme, même si les heures avancent et qu'il est déjà 22h30. Il est temps de rentrer, de se reposer, car demain nous mettons le cap sur Fisterra, la dernière destination de cette odyssée épique.



Mardi 13 juin, Santiago - Negreira (21 km)

 Le départ de Santiago se fait avec une pointe de nostalgie, mais aussi avec une certaine lenteur, vers 10 heures environ, car il faut bien profiter de chaque instant sur cette place mythique, face à la cathédrale. Une dernière immersion dans l'atmosphère envoûtante de Santiago avant de reprendre la route vers Fisterra.

La première étape nous mène à Negreira, une charmante halte sur notre chemin. Et quelle agréable surprise ! Le paysage se transforme, nous donnant presque l'impression d'être en Bretagne, loin des zones arides que nous avons pu traverser précédemment. La diversité des paysages ajoute une touche de variété à notre périple, mais aussi le climat capricieux qui nous accompagne. Une véritable avalanche d'averses s'abat sur nous sur une partie du chemin, nous donnant l'impression de passer par toutes les saisons en une seule journée. Heureusement, le soleil nous accueille finalement à notre arrivée à Negreira, comme une bénédiction après ces averses incessantes.

L'albergue dans laquelle nous séjournons est tout simplement géniale. La chambre, bien que prévue pour 20 pèlerins, semble plus intime que d'habitude, comme si nous n'étions qu'une petite chambrée de 10 personnes...quel luxe. Une petite touche de confort bien méritée après tant de jours sur les chemins escarpés.

Il est indéniable que sur le chemin de Fisterra, il y a beaucoup moins de marcheurs que sur le chemin de Santiago. Et je dois avouer que cela fait un bien fou. Un peu de tranquillité, moins de foule, une expérience plus intime et authentique. Enfin, un peu d'espace pour respirer et méditer sur le sens profond de notre voyage.

Le soir venu, nous nous régalons dans la cuisine de l'albergue avec des sardines, dont la fameuse boîte que Brigitte de Vertou avait eu la gentillesse de m'offrir. Savourer ces sardines après une longue journée de marche, c'est un véritable festin pour nos papilles, et aussi un symbole de l'amitié et des souvenirs partagés le long du chemin.


Mercredi 14 juin, Negreira - Olveiroa (33 km)

  

Le chemin débute à 7h30 avec une agréable traversée d'une forêt d'eucalyptus. Quel plaisir pour les sens ! Malheureusement, cette beauté éphémère n'a pas duré, car une grande partie de l'itinéraire jusqu'à Olveiroa s'est déroulée sur une monotone route bitumée. Adieu le charme de la nature, bonjour à l'asphalte sans fin. Parfois, les décors évoquent fortement la Bretagne, ce qui est plutôt agréable, bien que je me permette d'exprimer une pointe d'ironie, puisqu'on dit que la Bretagne est la plus belle région du monde.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos pèlerins. Nous nous retrouvons dans une chambre de huit, et devinez quoi ? Il n'y a que six pèlerins. Quel luxe inouï ! Nous avons de l'espace à revendre, une intimité des plus appréciables. C'est vraiment le rêve.

Le soir venu, nous partageons un agréable dîner en compagnie d'une Marseillaise sympathique. 

Demain, cap sur Fisterra pour le dénouement de cette aventure extraordinaire. Le voyage touche à sa fin, mais les souvenirs, les leçons et les émotions resteront à jamais ancrés en nous. Alors, en avant vers la dernière étape, avec un mélange d'excitation, de nostalgie et de fierté.  


Jeudi 15 juin, Oliveira - Fisterra (30 km)

 Nous arrivons en apothéose avec un chemin digne de ce nom. Le paysage est tout simplement splendide, accompagné d'un temps magnifique, tout comme ma fameuse ampoule qui a décidé de se joindre à la fête. Quelle ironie ! Mais peu importe, car voici le point final après 2000 kilomètres parcourus et 75 jours de marche acharnée.

Demain, c'est le retour vers Santiago en bus. Eliane prendra son Flexbus pour rentrer chez elle à Rennes, tandis que moi, je continuerai l'aventure vers le Portugal avec mes compagnons motards "On the road again", 


 

Vendredi 16 juin,  Fisterra  - Santiago (retour en bus)

 

Quelques souvenirs en photos, à la manière de David Hamilton, pour immortaliser ces moments précieux avant de prendre le bus de 9h30 en direction de Santiago. Là-bas, je retrouve mes amis Jean-Yves et Loïc à la gare routière, et nous trinquons joyeusement à nos retrouvailles.

Une fois nos festivités terminées, nous nous dirigeons vers la cathédrale pour profiter pleinement de l'ambiance des rues et manger dehors, vers 16 heures. Puis, à 17 heures, Francky et Philippe nous rejoignent, donnant une touche de convivialité supplémentaire à notre groupe.

Nous décidons alors de trouver un logement pour nous six, et nous faisons une réservation via Booking, pensant avoir réglé la question. Mais voilà, la vie n'est pas toujours aussi simple. Nous tombons sur une arnaque, et nous devons donc rebondir pour trouver une solution alternative. Nous finissons par dénicher un logement tardivement, vers 22 heures.

Après ces petits contretemps, nous partons savourer quelques bières en terrasse jusqu'à tard dans la nuit. Eliane prend le bus demain pour Rennes et moi je pars avec mes Hells Angels au Portugal.